Résumé
de la conférence de Bernard Millet Brison
ancien chef de mission de coopération et d’action culturelle
Lycée du Garros d’Auch 1er mars 2007
Pourquoi évoquer
la coopération dans
le cadre des relations internationales ? Jusqu'à la fin des années
80, les relations internationales ont profondément été
marquées par la bipolarisation issue de la seconde guerre mondiale.
Pendant presque 50 ans, le face à face entre les États-Unis
et l’URSS, même en l’absence d’affrontement direct, avait pris la
forme d’un véritable conflit global et planétaire. Cette
« guerre froide » a imprégné la politique intérieure
et la politique extérieure des États à cause de sa
durée, a façonné les réalités politiques,
économiques, sociales et culturelles du monde. Elle a été
aussi particulièrement active dans le cadre de la décolonisation
car chaque camp considérait devoir défendre son idéologie
et l’aide devenait alors la récompense des choix politiques des
nouveaux Etats. La guerre froide a structuré toute une époque.
Elle était, alors, le canevas idéologique de référence
qui permettait de lire l’état du monde. Entre 1987 et 1991, ce système
des deux blocs disparaît. Tous les repères et toutes les stratégies
politiques s’en trouvèrent bouleversés. Deux phénomènes
majeurs sont apparus, la disparition politique de l’URSS et l’arrivée
d’une seule superpuissance, les Etats-Unis d’Amérique et son désir
quasi messianique d’imposer son système politique au monde entier.
Dans ce contexte
d’incertitude, près de 20
ans après la chute de l’empire soviétique, quel sens donner
à ce concept de « nouvel ordre mondial ? Ce nouvel ordre se
caractérise, par l’hyper puissance américaine, le retour
progressif de la Russie dans l’équilibre du monde, l’arrivée
de la Chine qui est en passe de devenir la troisième puissance mondiale
ainsi que la percée dans la coopération de l’Union indienne
qui avec plus d’un milliard d’habitants en fait le deuxième pays
le plus peuplé de la planète. Mais, cet ordre mondial est
aussi celui des inégalités de toutes natures. Elles se manifestent
dans tous les domaines et à toutes les échelles : entre
les continents, entre les Etats, entre les régions ; entre les
catégories
sociales ; entre les branches professionnelles ; entre les hommes et
les
femmes ; entre les membres d’ethnies différentes ; entre les nationaux
et les étrangers. Ce monde est également celui des interdépendances,
d’un certain partage mondial des tâches, rendu possible par les progrès
des transports internationaux, par le développement du progrès
technique et par la constitution de grandes entreprises capables
d’étendre
leurs opérations à l’échelle de la planète.
C'est dans ce cadre, que la coopération agit et tente d’apporter
sa contribution pour participer à la résolution des inégalités.
Les habitants de la Norvège sont quarante fois plus riches que ceux
du Niger et vivent presque deux fois plus longtemps selon le dernier
rapport
du Programme des Nations unis pour le développement (PNUD) dans
son étude portant sur l’indice de développement humain pour
l’année 2006. Ce classement portant sur 177 pays, combine l’espérance
de vie, le niveau d’éducation et le revenu par habitant. L’étude
met également en lumière le décrochage de l’Afrique
par rapport au reste du monde. « Le fossé entre les pays les
plus pauvres et les pays les plus riches se creuse », note le PNUD.
L’Afrique subsaharienne ne montre que peu de signe d’amélioration,
essentiellement en raison de l’effet dévastateur du VIH sur l’espérance
de vie. Selon le PNUD encore, l’espérance de vie dans la région
est inférieure à ce qu’elle était il y a trente ans.
Même si la croissance annuelle moyenne du continent africain est
désormais, depuis plusieurs années, régulièrement
supérieure à la croissance mondiale et atteint même
le triple de celle du voisin européen. Fait marquant, le revenu
combiné des 500 personnes les plus riches du monde est supérieur
à celui des 465 millions les plus pauvres. Le problème de
l’inégal développement n’est pas nouveau. Mais il est devenu
aujourd’hui une des sources majeures d’instabilité dans le monde.
La lutte contre les inégalités devient donc une nécessité
politique : la solidarité l’impose, mais aussi l’intérêt,
l’accroissement des inégalités nourrissant l’immigration
que l’Europe traite difficilement. Alors que depuis les années 60,
la richesse s’est considérablement accrue sur notre planète,
les disparités économiques entre les peuples n’ont fait qu’augmenter.
L’écart de revenu par habitant entre les pays industrialisés
et les pays en développement a plus que triplé entre 1960
et 2000. Sur plus de 6 milliards d’êtres humains, presque la moitié
ont moins de 2 $ pour vivre chaque jour. A l’inverse, les habitants des
contrées les plus prospères qui ne représentent que
15 % de la population mondiale, consomment plus de la moitié de
l’énergie vendue, possèdent 80 % des ordinateurs portables
et constituent 90 % des utilisateurs d’internet. L’ambition de la
coopération
est de mettre en œuvre des politiques d’aide au développement pour
aider à réduire la pauvreté. Pour se donner les moyens
de lutter contre ce fléau, la communauté internationale,
sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies (l’ONU), s’est
assignée, lors du Sommet du Millénaire en septembre 2000,
une grande ambition : réduire de moitié la pauvreté
dans le monde d’ici 2015. La France a souscrit à cet objectif qu’il
considère comme un devoir de solidarité mais, avant tout,
dans l’esprit de la Conférence de Monterrey sur le financement du
développement, qui s’est tenue en mars 2002 au Mexique avec presque
tous les membres de l’Assemblée Générale de l’ONU,
comme une responsabilité partagée, d’une part, entre les
nations développées et, d’autre part, entre le Nord et le
Sud. L’effort de solidarité des uns (le nord) n’a de sens, en effet,
que si lui correspond, de la part des autres (le sud), un emploi
rigoureux
des ressources mobilisées et des politiques déterminées.
C’est cette conjonction d’efforts qui est de nature à assurer le
décollage économique et la réduction de la pauvreté
et des inégalités.
Pendant ce même temps, 5
pays (Afrique du
Sud, Algérie, Egypte, Nigeria, Sénégal) décidaient
la mise en place du Nouveau Partenariat pour le Développement de
l'Afrique (le NEPAD) qui est une vision et un cadre stratégique
pour, selon les promoteurs du projet, conduire à la renaissance
de l'Afrique. Quatre objectifs sous-tendent le NEPAD, éradiquer
la pauvreté, placer les pays africains, individuellement et
collectivement,
sur la voie d'une croissance et d'un développement durables, mettre
un terme à la marginalisation de l'Afrique dans le contexte de la
mondialisation et promouvoir son intégration complète et
profitable à l'économie mondiale et enfin, accélérer
le renforcement des capacités des femmes afin de promouvoir leur
rôle dans le développement socio-économique.
Le
trente-septième sommet de l'OUA en juillet 2001 (organisation
de l’union africaine), devenu l’UNION AFRICAINE, a officiellement
adopté
le cadre stratégique du NEPAD.
Mise en œuvre de
la coopération
On
distingue quatre formes principales de coopération :
-
La coopération bilatérale qui est une relation d’Etat
à Etat dont le financement est essentiellement d’origine budgétaire
et qui véhicule, généralement, une volonté
d’influence politique,
-
La coopération multilatérale qui est financée
par les contributions de plusieurs pays et qui apparaît moins
politisée,
encore qu’il faille distinguer selon les institutions trois grandes
familles
pratiquant des politiques d’aide au développement : celles dans
la mouvance des Nations Unies telle que le PNUD, celles du groupe de la
Banque Mondiale avec le Fond monétaire international (Dominique
Strauss Khan directeur général) et celles des organisations
à vocation régionale telle l’Union européenne ; le
bras armé de la coopération européenne étant
le Fonds européen de développement (FED).
-
La coopération décentralisée qui est une coopération
des collectivités locales avec des collectivités étrangères,
exemple des relations entre la région Midi-Pyrénées
et la Région de Marrakech, et son avatar la coopération
transfrontalière,
exemple de la coopération du département du Gers avec les
provinces espagnoles du nord dans le cadre du programme PYRED.
-
La coopération privée ou pour parler autrement la coopération
de la société civile: dans cette famille on distingue, la
coopération des organisations non gouvernementales (les ONG) ou
organisations de solidarité internationale (OSI), et la coopération
privée essentiellement celle financée par des fonds privés
et mise en œuvre par des fondations. Les fondations qui consacrent une
partie de leur budget à l’aide au développement sont encore
peu nombreuses en France à part peut-être la fondation Jean
Jaurès et la fondation Danielle Mitterrand..
Cependant,
il existe des fondations publiques, telles que les fondations
politiques allemandes (la Fondation Friedrich Ebert ou encore Konrad
Adenauer),
et les fondations privées, qui mobilisent, depuis quelques années,
une masse importante de financements en faveur du développement
(aux Etats-Unis, Fondation Bill et Melinda Gates par exemple). L’aide
des
fondations est véhiculée : soit directement, soit via des
ONG, soit via des fonds multilatéraux.
la
coopération bilatérale française : Sa forme
actuelle s’inscrit dans un contexte marqué par plusieurs processus
internationaux. D’une part, elle se veut une réponse aux critiques
de l’examen par les pays membres du CAD (Comité d’aide au développement
de l’OCDE, Organisation de coopération et de développement
économiques) de juillet 2004, qui souligne notamment l’absence de
vision unifiée du dispositif de coopération français.
Elle s’inscrit, d’autre part, dans un processus international
d’harmonisation
de l’aide et de recherche d’amélioration de son efficacité
piloté par le Comité d’aide au développement de l’OCDE
et la Banque mondiale. Enfin, elle cherche à placer la réalisation
des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) au
cœur des préoccupations de la politique française de coopération.
A l’échelle nationale, le cadre institutionnel de la coopération
française actuel résulte d’une première réforme,
engagée en 1998, qui instaurait un dispositif coordonné autour
de deux pôles politiques, le Ministère des affaires étrangères
et le Ministère de l’économie et des finances, conduisant
à la suppression du Ministère de la Coopération, ministère
qui avait été crée en 1959 par le Général
de Gaulle, il avait pour vocation de contribuer au développement
des pays "du champ", c'est à dire des pays ayant acquis leur
indépendance
dans le cadre de la décolonisation. Enfin, création de la
Direction générale de la coopération internationale
et du développement, DGCID, au sein du Ministère des affaires
étrangères ; l’Agence Française de Développement,
sorte de banque mondiale à la française assumant le rôle
d’opérateur pivot et d’Agence française de coopération
à l’instar d’autres pays européens. L’organisation actuelle
de la coopération bilatérale française ainsi que la
coordination des différents départements ministériels
(environ une quinzaine) relèvent du Comité interministériel
de coopération internationale et du développement (CICID),
présidé par le Premier ministre qui se réunit environ
une fois par an.
Il
n’en demeure pas moins que cette réforme accorde encore une
place trop peu importante à la relation avec la société
civile notamment les organisations non gouvernementales (ONG) et les
coopérations
décentralisées.
Les principaux
chiffres de l’aide française
L'objectif
assigné par la conférence de Monterrey était
de porter l'aide publique au développement à 0,5% du produit
national brut (PNB) en 2007 et 0,7% en 2012. Celle-ci a atteint 0,47%
en
2006. Le gouvernement français déclare atteindre en 2007
l’objectif fixé à 0,5% soit alors un montant de près
de 11 milliards d’euros. La France octroie environ 20% de son aide au
développement
à travers le canal communautaire. Notre pays, avec une contribution
de 24,3% pour le 9ème FED est ainsi le premier contributeur au Fonds
européen de développement. Avec 10,03 milliards de $, la
France est le cinquième contributeur en volume. Au premier rang
les USA avec plus de 27 milliards de $, deuxième Japon 13 milliards
de $, troisième Grande-Bretagne avec près de 11 m$, et quatrième
l’Allemagne avec 10, 08 milliards. Cependant, en pourcentage du Revenu
national brut, la France se situe au troisième rang ex æquo
avec la Grande Bretagne nouveau venu dans l’effort de solidarité
internationale. Premier Belgique (0,53 %), second l’Autriche (0,52 %).
Peu de pays ont atteint ou dépassé le seuil de 0,7 % fixée
par les Nations-Unies : la Suède et la Norvège (0,9 % du
Revenu National Brut), les Pays-Bas, le Luxembourg et le
Danemark
avec 0,8 %
Orientations
récentes de la politique française de coopération
Le 19 juin 2006, le Comité interministériel de coopération
internationale et du développement a appelé à la promotion
et au soutien du rôle des migrants dans le développement de
leur région d’origine, a réaffirmé la priorité
africaine de la coopération française. Il a appuyé
la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement,
en intégrant dans les priorités de la coopération
française trois grands enjeux mondiaux : la lutte contre les maladies
transmissibles et émergentes, la lutte contre le changement climatique
et la préservation de la biodiversité. Enfin le CICID, a
rappelé la nécessité d’améliorer la qualité,
l’efficacité et la prévisibilité de l’aide.
Par
ailleurs, la France a instauré au 1er juillet 2006 une contribution
de solidarité sur les billets d’avions dont le produit, affecté
à un «fonds de solidarité pour le développement»
et estimé à 200 millions d’euros en année pleine,
est destiné à financer des opérations d’aide au développement
afin d’améliorer l’accès aux médicaments et de lutter
contre les trois grandes pandémies que sont le sida, la tuberculose
et le paludisme.
Mise
en œuvre de la politique française de coopération
Le dispositif
français d'aide au développement
est organisé autour de deux pôles ministériels : un
pôle diplomatique (ministère des Affaires étrangères)
et un pôle économique et financier (ministère de l'Economie,
des Finances et de l'Industrie). Il comprend un opérateur principal,
placé sous la tutelle de ces deux ministères, l'Agence française
de Développement (AFD). La consultation de la société
civile relève du Haut Conseil de la Coopération Internationale
(HCCI).
Notre
réseau de coopération (le plus important parmi
les pays engagés dans la coopération bilatérale) est
composé : - de 154 services de coopération et d'action culturelle
(SCAC) qui relèvent du ministère des Affaires étrangères
et s'appuient sur un réseau de 436 établissements culturels
français, 283 Alliances françaises subventionnées
et 27 instituts français de recherche, - de missions économiques
du ministère de l'Economie, des finances et de l'industrie, - de
45 bureaux de l’Agence française de développement, - de centres
ou représentations de l’institut de recherche pour le développement
(l’IRD) anciennement ORSTOM et du centre de coopération internationale
en recherche agronomique pour le développement (le CIRAD).
La coordination de ces
différents acteurs
s’effectue sous l'autorité de l'Ambassadeur de France dans le pays
concerné.
La
France favorise également une concertation étroite
avec les autres bailleurs de fonds, et notamment avec les délégations
de la Commission européenne, dans le cadre des efforts d'harmonisation
de l'aide européenne.
Près de 3 500 agents
travaillent dans le
secteur de la coopération au ministère des affaires étrangères
dont plus de 3000 sont en poste à l’étranger. 1300 assistants
techniques aux qualifications professionnelles les plus diverses
(médecins,
ingénieurs, magistrats, professeurs,…) oeuvrent sur le terrain,
auxquels il faut rajouter les volontaires qui aujourd’hui, sont plus
nombreux
que les coopérants. La réforme du service national en 1998
a entraîné la disparition du statut de Coopérant du
Service National (CSN). Le Volontariat civil International (V.I.) a été
créé en 2000 pour prendre le relais de cette formule. Deux
formes principales de volontariat coexistent à l'international le
volontariat auprès des services de l'Etat à l'étranger
(V.I.A.) qui concerne quelque 1 000 volontaires par an, et le
volontariat
international en entreprise (V.I.E.) qui concerne actuellement plus de
4 500 jeunes en poste dans plus de 1 000 entreprises.
Quelques
chiffres pour donner la mesure de l’importance de la coopération
culturelle française. 163 millions de foyers dans le monde regardent
la télévision francophone TV5, 44 millions de personnes dans
le monde écoutent radio France internationale (RFI), 13 000
manifestations
culturelles sont organisées chaque année par la France à
l’étranger, 235 000 élèves sont scolarisés
dans des écoles françaises, 500 000 élèves
reçoivent chaque année des cours de langue française
dans les établissements culturels français. « la langue
est l’apprentissage de la civilisation » dit Alain Bentolila (in
Le verbe contre la barbarie). A noter au passage que la francophonie
compte
175 millions de locuteurs sur les cinq continents, 120 000 élèves
bénéficient, dans 30 pays, d’un enseignement bilingue aidé
par la France, 1 million de livres sont expédiés chaque année,
plus de 20 000 bourses d’étude et de stage pour étudiants
et jeunes. professionnels étrangers sont octroyées annuellement,
75 espaces Edufrance, sont actifs dans 45 pays pour promouvoir
l’enseignement
supérieur français, 181 filières francophones existent
dans des établissements étrangers d’enseignement supérieur,
10 000 missions de chercheurs sont soutenues, en moyenne, chaque année
enfin des programmes de recherche conjoints sont organisés avec
plus de 60 pays et 150 missions archéologiques sont actives
actuellement
dans le monde.
Répartition
géographique de l’aide
française
La
première priorité de l’aide française reste
le continent Africain. Avec bientôt un milliard d'habitants, dont
près des deux tiers a moins de vingt ans, l'Afrique est au cœur
des grands enjeux de notre temps. N’oublions pas que l’Afrique est le
principal
réservoir de la planète en ressources minérales. 76
% des réserves mondiales de phosphate, 73 % des réserves
de diamant, 60 % du manganèse, 40 % de l'or, 20 % du fer et 10 %
du pétrole. Il y à aussi le coton, le cacao, le café,
les forêts et l'espace, et un immense potentiel agricole et hydraulique
encore peu exploité.
L’Afrique
sub-saharienne reçoit la majeure partie (près
de 60 %) de l’aide française. En particulier, sous l’effet de la
prise en charge financière de l’annulation de la dette.
Bilan critique. La
coopération au développement
a, tout au long de son histoire, essuyé des critiques quant à
son efficacité. L’aide publique au développement a commencé
en 1920 avec le rassemblement de divers Etats au sein de la Société
des Nations. En 1939 a été publié le « Rapport
Bruce », qui exigeait une nouvelle politique de développement.
L’ONU a été créée en 1945 et, cinq ans plus
tard, les Etats-Unis ont lancé leur programme élargi d’assistance
technique, suite au « Point-Four Programm » du président
Truman. Ce programme a été justifié à l’extérieur
par des raisons humanitaires : « Nous devons, déclarait Harry
TRUMAN, aider les pauvres de ce monde à atteindre le même
niveau de prospérité que le nôtre ". En réalité,
et selon les propres termes du président Truman (cf. son discours
d’investiture du 20 janvier 1949), l’objectif véritable de cette
assistance technique était d’empêcher la propagation du communisme
et d’intégrer un maximum de pays dans le système capitaliste.
La chute du mur de Berlin verra la diminution de l'aide publique au
développement
qui n'avait cessé de croître de 1945 à 1990. Elle n'est
plus, en effet un enjeu géostratégique, ni pour l'Est, ni
pour l'Ouest. A partir de 1992, le montant des flux de capitaux privés
dépasse celui des flux de capitaux publics, mais se dirigent
principalement
vers les pays dits "émergents", et pour une bonne part, sous forme
de capitaux à court terme.
Face
à cette baisse ou au mieux cette stagnation de l'aide,
un débat sur son efficacité a été lancé.
La Banque mondiale a tenté de donner une nouvelle légitimité
à l'aide publique, basée sur une sélection des "bons
élèves", et qui étendrait la "conditionnalité"
du champ économique à de nouveaux domaines : l'environnement,
la "gouvernance", la gestion sociale....
Aujourd’hui,
malgré les efforts des uns et
des autres, on est loin des résultats escomptés. A l’Assemblée
annuelle de la Banque et du FMI, à Dubaï en septembre 2003
le président de la Banque mondiale d’alors, James Wolfensohn, déclarait
"un monde où l’aide publique, à moins de 60 milliards de
dollars par an, (…) alors que les pays riches dépensent 300 milliards
en subventions à leur agriculture et 600 milliards pour leur défense,
est "un monde sans équilibre"
Pour
fixer un peu les idées et donner quelques repères,
il faut rappeler que l’aide publique au développement (APD) pour
l’ensemble des pays en développement a atteint en 2004, 78,6 milliards
de $ ce qui représente 15 % du budget annuel américain des
opérations contre le terrorisme (502 milliards de $), le budget
de 157 jours de guerre en Irak (500 millions de $ par jour) et à
peine, 4 % du coût annuel de la politique étrangère
des Etats-Unis.
Pour conclure. Au
cours des quatre derniers siècles,
l’interdépendance et les inégalités entre les différentes
parties du monde se sont accentuées simultanément alors que
la confrontation des acquis techniques et de la vision du monde propres
à chaque civilisation aurait bien pu produire un enrichissement
mutuel et une égalisation des chances. Malheureusement, cette diversité
ne semble produire que du chaos et pourtant les raisons d’espérer
existent pour peu que la communauté internationale persévère
dans ses efforts vers plus de dialogue. Le principe de réalité
devrait pouvoir s’imposer finalement et on peut espérer que les
efforts conjugués de la société civile, des ONG, des
Collectivités locales et une pression plus forte des citoyens sur
leur gouvernement (cf à ce sujet les thèses des altermondialistes)
aboutissent à faire prendre conscience de l’intérêt
pour chacun de mieux répartir les richesses de la planète
dans le paysage nouveau qui est celui de la mondialisation et ainsi
rejoindre
Paul Valéry qui écrivait dans son ouvrage « Regard
sur le monde » : Si le monde moderne(…) doit atteindre un certain
équilibre politique, culturel et économique, il faut regarder
comme probable que les diverses régions du globe, au lieu de s’opposer
par leurs différences de tous ordres, se compléteront par
elles.